
A l'image d'Imanol Harinordoquy, les petits Coqs avaient plus de cannes et de fougue que leurs adversaires gallois.
"No pain, no gain". C'est avec cette idée forte en tête que le XV de France a une nouvelle fois surpris beaucoup d'observateurs, là où personne ne l'attendait : vaincre le Pays de Galles, invaincu depuis quasiment deux ans contre les nations européennes, sur la marque de 21 - 16. A croire que le poireau est plus digestif que le chardon, les petits coqs ont jeté toutes leurs forces dans la bataille afin de conserver dans les dernières minutes un avantage cranement acquis préalablement grâce à des essais de l'inoxydable Thierry "Buck Danny" Dusautoir, du feu follet Cédric Heymans, et à la botte du tout jeune mais prometteur futur demi de mélée clermontois, Morgan Parra. Et pourtant, les joueurs du Poireau n'ont pas démérité et on eu les occasions pour vaincre une nouvelle fois en terre gauloise. Une organisation offensive qui fait la joie de tous les fans du ballon ovale, une densité physique retrouvée après la débacle du mondial face aux îles Fidji, les hommes de Warren Gatland ont une nouvelle fois prouvé ce qui fait d'eux la meilleure et plus excitante équipe du Vieux Continent, à l'image de leur seul et unique essai, où le formidable arrière des Ospreys, Lee Byrne a transpercé le rideau défensif tricolore après un changement de rythme assez incroyable. Avec dix point d'avance à cinq minutes de la pause, le Pays de Galles va pourtant laisser passer sa chance sur un départ du très fringant Imanol Harinordoquy, Morgan Parra se chargeant de faire recoller à la marque les tricolores.
Treize partout à la pause, le plus dur commençait pour les Coqs pensait-on... Mais la conviction déployée et une aggressivité enfin retrouvée allait permettre à ces derniers de prendre l'avantage à la marque pour ne plus jamais laché la proie galloise. Très bel effort collectif donc, malgré une composition d'equipe plus que surprenante. Une nouvelle fois, c'est au pied du mur que l'orgueuil de la bande du selectionneur Marc Lièvremont a fait son apparition, quand tout le monde craint la raclée historique, que la patrie est en danger, etc... Espérons que ce succès de prestige face à ce qui se fait de mieux à l'heure actuelle ne restera pas sans suite. Ebauche de réponse dans deux semaines, dans le temple du rugby anglais, pour le traditionnel Crunch face à la perfide Albion. A présent, passons à l'analyse des gonzes :
Fabien Barcella : le joueur du BO continue de faire ses gammes. Propre et constant en mélée fermé, très actif dans le jeu et dans l'effort defensif. A voir dans la continuité.
Dimitri Szarzewski : l'espace d'un match, il aurait oublié sa patte à pizza au CNR de Marcoussis. Bien lui en a pris, il a réalisé une très grosse performance, que l'on est en droit d'attendre de sa part à chaque sortie. Doit donc confirmer, et ne pas s'éparpiller dans le jeu.
Sylvain Marconnet : devenu après ce match, le pilier le plus capé du rugby français, le marcassin a fait son job : stabilisé la mélée et fait preuve d'un courage indéniable. Doit rester dans le groupe au vu de son expérience du poste.
Lionel Nallet : remis en cause, car capitaine d'une équipe qui déçoit, le castrais est revenu sur ce match au niveau qui etait le sien lors du Mondial 2007... où il faisait banquette. Très présent dans le combat mais aussi dans le repositionnement, a montré la voie à ses partenaires.
Sebastien Chabal : la star médiatique du XV de France tente, tant bien que mal, de se recentrer sur le combat, leitmotiv des "anciens", choqué par ses cavalcades dublinoises. Sobre, volontaire, et disposant d'une aura indiscutable auprès de ses petits camarades, a participé lui ausi au concassage du cinq de devant adverse. Mais peut faire mieux.
Thierry Dusautoir : le leader de jeu de cette équipe. Exerçant un pressing constant sur la ligne d'avantage, le meilleur joueur français à l'heure actuelle a une nouvelle fois tiré le niveau de ses partenaires par le haut. Encore une fois, et sans retirer les lauriers de Nallet, le troisième ligne stadiste est le veritable patron des hommes de Livremont.
Imanol Harinordoquy : a selon moi rendu sa meilleure copie avec le maillot bleu. Exerçant enfin une influence forte dans le jeu, indispensable dans l'alignement, et a progressé sur les sorties de mélée. Doit (enfin...) confirmer en Angleterre.
Fulgence Ouedraogo : Commence petit à petit à ressembler au joueur qu'il est quand il enfile maillot du MHRC. Vaillant plaqueur, premier soutien offensif de la ligne de trois quart, il aura fallu un match face une équipe joueuse comme le Pays de Galles, pour que Ouedraogo fasse l'étalage de toutes ses qualités. Doit encore prendre confiance en lui mais est sur la bonne voie.
Morgan Parra : le jeune berjallien a certainement signé un long bail en équipe de France. Plus vif, plus rapide, plus buteur que Tillous Bordes, la foudre et le tonnerre ne sortent pas des mains de Parra comme d'un Kelleher, mais a une très belle passe, un calme impressionnant pour son âge, et sait alterner le jeu. Doit maintenant confirmer. Le plus dur commence donc, mais a bien fait de partir à Clermont, afin de jouer des match de haut niveau plus regulièrement qu'avec les pensionnaires de Rajon.
Benoît Baby : l'enorme inconnue avant la rencontre. Blessé assez rapidement mais s'est relativement bien sorti du "piège" tendu par le selectionneur catalan. Un premier quart d'heure de haut niveau avec une très bonne alternance et une grosse aggresivité, un second plus difficile avec un placage raté qui débouche sur l'essai de l'arière gallois. Son meilleur ennemi se rappelle à ses souvenirs ensuite : la blessure.
Julien Malzieu : moins en vue qu'à l'accoutumée mais a touché très peu de ballon, ou alors en pleine defense galloise. Sobre et sérieux. Rempli parfaitement sa mission depuis la première fois où il a enfilé le maillot frappé du coq.
Yannick Jauzion : en demi-teinte depuis le début du Tounoi, c'est bien la vraie Jauzie que l'on a vu évolué vendredi soir dans l'enceinte dyonnisienne. Le papa poule des lignes arrières français a donné le "la" et le XV de France perd rarement quand son centre joue à ce niveau.
Mathieu Bastareaud : alors que l'idée de son association avec Jauzion me parraisait plus que suspecte, le jeune centre parisien a fait très forte impression pour sa première cape. Tom Shanklin et Jamie Roberts, les deux centres gallois, se souviendront longtemps de la pression defensive constante et de la puissance d'Old Dirty Bastareaud ! La France vient de découvrir en son sein son Ma'a Nonu !
Cédric Heymans : la pile electrique du XV de France était bien en charge ce vendredi soir et a ponctué sa prestation d'un essai tout "Heymansien", plantant le dernier clou dans le cercueuil du XV gallois.
A noter que les remplaçants français ce sont tous mis au niveau de leur petits camarades, même si François Trinh-Duc a mis du temps à rentrer dans la partie.